Manifestations de la violence ferroviaire

SNCF RERC’était une attaque de diligence des temps modernes, un western. Les voyageurs terrifiés, délestés de leurs biens, en pleurs et parfois blessés, lors de l’attaque du RER D à Grigny, ce samedi 16 mars. Ce fait divers avait été préfiguré par un autre, quelques semaines auparavant : un TGV attaqué à Marseille, pour les besoins d’un clip de rap, semble-t-il. Pour de faux, quoi. Cela n’a pas empêché les voyageurs de paniquer. Le 3 avril dernier, à la suite d’une bagarre entre un conducteur de train et trois mineurs qui traversaient la voie, tout le trafic de la gare Saint-Lazare a été interrompu.

Celles-ci, ce sont les manifestations de la violence à grand spectacle. Celle qui tonitrue, frappe, met en scène et chante le rap.

Éric Fottorino parle, lui, de la violence silencieuse. Celle des suicidés du RER, dont le geste ne suscite que l’agacement, le déni. Jamais de compassion. Son court roman, Suite à un accident grave de voyageur, est paru fin février. Par un étrange concours de circonstance, Éric Fottorino parle de la ligne de RER que je connais si bien ; et plus précisément encore, de ces journées d’attente sur les quais qui avaient rempli mon blog à l’automne dernier, la série des suicides de Maisons-Laffitte. Il faut croire que ceux-ci n’étaient pas ordinaires.

L’ancien directeur du Monde en parle bien mieux que moi, bien entendu. Il a cherché qui étaient ces désespérés si exaspérants. Ceux qui nous mettent en retard par leur geste, qui prennent en otage le conducteur et les témoins de la scène. Il a analysé les raisons du malaise métaphysique de chacun de nous à ce moment-là, qu’on s’empresse d’éteindre par la colère et l’énervement. Il a aussi capté les mots de la SNCF, choisis pour ne pas désigner cette chose, le suicide, ni ces gens, les suicidés. Le vocabulaire de la SNCF est un objet d’étude fascinant.

J’ai lu l’ouvrage d’Éric Fottorino à 23h dans le froid glacial de ce mois de mars, sur le quai désert de Maisons-Laffitte. J’avais juste oublié une fois encore, en revenant de Paris, que les trains pour Poissy ne fonctionnaient plus après 22h au départ de la gare Saint-Lazare. Maisons-Laffitte était ma seule solution pour récupérer le RER.

Suite à un accident grave de voyageur, Éric Fottorino, NRF Gallimard

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