Un Tibétain à Sartrouville

Sartrouville, 20h05, le dimanche 23 septembre 2012

Au cours de centaines d’heures passées à la dérive à bord des RER, il se produit heureusement quelques événements intéressants.

J’ai passé le dimanche dernier à Paris, et comptais être de retour vers 19h.

Las. On nous fait descendre une première fois à La Défense. La raison du désordre ? Un « accident grave de voyageur » à Maisons-Laffitte. Pourquoi se suicide-t-on autant dans cette gare ? Maisons-Laffitte n’est objectivement pas pire que n’importe quelle autre agglomération de la banlieue ouest desservie par le RER A.

On nous annonce un « unique train » pour Poissy à 19h28. Je pense encore, à ce moment-là, que j’ai de la chance. Le train s’arrête de nouveau à « l’interconnexion » de Nanterre Préfecture – normal. La voix gouailleuse et impatiente du conducteur (lui aussi voudrait rentrer chez lui) résonne dans les voitures : « Mesdames-z-et Messieurs, le gars qui doit reprendre le train est bloqué dans l’autre sens, alors il va falloir patienter. Je vous tiens au courant, merci. » A 19h39, les portes se referment et nous voilà pris au piège lorsque le « repreneur-du-train » s’adresse à nous. Contrairement à ce qu’on nous avait dit, ce train n’ira pas jusqu’à Poissy, il s’arrête à Sartrouville. « Eh ben ! C’est l’aventure d’aller à Paris », dit une dame qui semble prendre le RER uniquement le dimanche. Elle ne croit pas si bien dire.

A 19h53, j’échoue à Sartrouville. D’autres cargaisons de voyageurs attendent déjà là, et nous sommes rejoints quelques minutes après par un ultime arrivage, lui aussi leurré sur sa destination (Cergy-le-Haut). S’ensuivent presque deux heures d’attente. Sans doute pour nous aider à tenir bon, quelqu’un nous enjoint, du fond de son haut-parleur, à « rester attentif à l’affichage », lequel, du début à la fin de la soirée, indique des destinations variées sans rapport aucun avec la réalité.

C’est là, sur un quai de gare à Sartrouville donc, qu’un jeune Asiatique à l’air timide s’approche de moi. Avec le recul, je pense que mon attitude concentrée et souriante, heu … béate (j’étais en train de photographier le train à quai pour illustrer ce blog) devait trancher avec l’air mauvais de la foule. Il me demande dans un anglais très hésitant si le train doit repartir. Il n’a pas l’air de comprendre ma tirade circonstanciée (en english). Je résume mon propos : « May be.» Manifestement satisfait de la réponse, il me sert la main et se présente. Jangchup, Tibétain. Il a l’air étonné que je connaisse le Tibet. Tout de même, j’ai lu Tintin ! En France pour un an, Jangchup est arrivé il y a un mois. Au Tibet et à Taiwan, il étudie le bouddhisme, aux côtés du Dalai Lama, pour devenir moine. Je n’imaginais pas d’autre profession possible pour un Tibétain ; me voilà confortée dans mes certitudes. Être le disciple du Dalai Lama, ça doit taper haut, pensais-je.

Mais je ne peux qu’imaginer le puits d’érudition, car notre conversation est très limitée. Jangchup parle peu l’anglais, et il a commencé le français cette semaine. Il n’ose pas me suggérer le tibétain, bien sûr, mais tente quand même le chinois, sans succès. Il sort de sa besace un fascicule, un dictionnaire tibétain-anglais. C’est ainsi, à force de bribes d’anglais et de gestes, que je lui donne quelques repères sur le fonctionnement des trains français.

L’aventure, pour un jeune Lama tibétain.

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3 réflexions sur “Un Tibétain à Sartrouville

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