Fatalisme et mutineries

Quand sur un quai de RER, la situation est particulièrement critique (retards de plusieurs heures, interruption totale du trafic, injonction sibylline à prendre « les correspondances » …), le contraste entre le bouillonnement intérieur qui me gagne et le calme des autres voyageurs, m’a toujours frappée. Pourtant, je pense ne pas laisser transparaître beaucoup plus d’énervement que mes malheureux voisins ; à peine un soupir ou une petite réflexion …

Ce flegme partagé, ce silence pourrais-je dire, seulement troublé par le vacarme d’un autre train qui passe à pleine vitesse, comment les expliquer ? Bien sûr, chacun se demande : comment vais-je me tirer de là et aller travailler quand même / rentrer dormir chez moi ?
C’est plus grave que cela, il me semble. Je crois qu’il faut attribuer la zénitude du voyageur de banlieue à la résignation. Au fatalisme. Celui-ci finit par croire que ce qu’il endure est normal. D’ailleurs a-t-il le choix ?

Il y a quand même des moments où l’usager de RER perd son calme. Je me souviens, il y a plusieurs années (à l’époque j’habitais au nord de Paris), d’un extraordinaire mouvement de foule aux alentours de 19h, à la Gare du Nord, un soir où toutes les dessertes du RER D étaient « suspendues ». En réalité, plus moyen de rentrer chez soi avant le petit matin. Les plus énervés d’entre nous – dont je ne faisais pas partie, rassurez-vous – se sont alors rués sur la guérite vitrée des pauvres agents chargés de nous informer. Ceux-ci, terrifiés, s’étaient enfermés dans leur abri et regardaient trembler les parois de verre en priant pour que les services de sécurité ne tardent pas. Ces mutineries sont finalement très rares. Et heureusement.

Encore plus rare – et c’est dommage, l’initiative personnelle d’un passager un peu allumé mais tellement sympathique. Si celle-ci permet au Parisien de remplir ses pages locales pendant les mois d’été où la banlieue se vide, il faudrait qu’elle se renouvelle. Thierry a entrepris en août dernier de récolter des signatures pour réclamer l’amélioration des conditions de transport sur la ligne A du RER. Je n’ai pas pu signer sa pétition, mais je le remercie de son initiative ; lui a raison de ne pas céder au fatalisme.

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